Doliprane pour bébé : en Suppo ou en Sirop ?

Doliprane sirop ou suppo
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De nombreux médecins, pharmaciens, continuent à prescrire, à conseiller des suppositoires d’antipyrétiques et antalgiques. Pourtant ceux-ci ont depuis plusieurs années démontré leur insuffisance d’efficacité.

Pourquoi continuent-ils à être prescrits et conseillés ?
-par habitude et commodité ;
-parce qu’on continue à vivre sur d’anciennes croyances fausses : « ça marche plus vite et mieux » ;
-parce qu’on anticipe le refus de certains enfants d’avaler des médicaments ;
-par méconnaissance des données récentes.

L’absorption rectale d’une substance contenue dans un suppositoire peut être décrite en deux phases : dissolution du suppositoire (temps dépendant de la taille, risque de défécation intercurrente), puis passage de la substance active au travers de la muqueuse rectale (fonction de la taille des particules, de leur lipophilie, du pH rectal, de la surface de muqueuse disponible, du débit circulatoire) ; enfin l’absorption rectale entraîne un premier passage hépatique.

Les données récentes concernent surtout le paracétamol :

La biodisponibilité relative de la voie rectale rapportée à celle de la voie orale est non seulement basse, mais aussi variable. Pour une valeur moyenne de 0,52, des valeurs extrêmes de 0,24 à 0,98 sont rapportées pour le paracétamol, également pour l’acide niflumique.
La latence de résorption est importante et il existe une grande variabilité interindividuelle. Après 35 mg/kg par voie rectale, le paracétamol n’est détectable qu’à partir de la 40e minute. De nombreuses études pharmacocinétiques démontrent que les concentrations plasmatiques atteintes par voie rectale sont basses, retardées et imprévisibles.

Des concentrations plasmatiques comparables à celles obtenues avec 15 mg/kg per os sont atteintes avec 45 mg/kg par voie rectale mais les taux thérapeutiques sont atteints en 3 heures.

Dans une série de 23 enfants de 9 semaines à 11 ans, recevant 25 mg/kg de paracétamol par voie rectale toutes les 6 heures pendant au maximum 5 jours, la concentration plasmatique obtenue à l’état d’équilibre est de 6,8 mg/L (pour un taux supposé efficace entre 10 et 20 mg/L), et après un délai de 11,4 + 8,6 heures.

Des calculs de pharmacocinétique montrent que pour atteindre, dès la première dose, une concentration cible de 9-18 mg/L, il faut administrer une dose de charge de 50 mg/kg suivie de 30 mg/kg toutes les 6 heures. Du fait de la considérable variabilité individuelle, ces posologies bien supérieures à celles qui sont recommandées, à la fois par l’AMM et les données de la littérature, ne peuvent être préconisées en pratique clinique : elles sont susceptibles de conduire chez certains enfants à un surdosage.

Aujourd’hui les recommandations sont d’éviter l’administration par suppositoires, sauf vomissements incoercibles et absence de voie veineuse.

Des croyances surprenantes

Une idée reçue qui circule couramment garantit que le sens d’administration des suppositoires influe sur leur efficacité.Cette idée absurde n’a bien sûr aucun fondement rationnel.
Enfin couper les suppositoires en deux est une pratique courante, mais les laboratiores pharmaceutiques ne peuvent garantir la répartition homogène de la substance active, sauf si le suppositoire est sécable.